L'exposition de verre - Rosaria Stone
Rosaria Stone

L'exposition de verre

L'exposition de verre - Rosaria Stone

J’avais entendu parler d’une exposition dans un musée des arts décoratifs. Elle présentait une rétrospective de pièces de collection uniquement en verre. J’avais hâte d’admirer les réalisations qui avaient été produites de la Renaissance à nos jours. Le vendredi après-midi, j’avais prévu d’aller à cette exposition avec deux amies : Annabelle et Emma. J’avais connu la première lorsqu’elle essayait de maigrir rapidement. Une méthode révolutionnaire lui avait donné la possibilité de retrouver une taille fine. Elle m’accompagnait régulièrement quand l’envie me prenait de refaire ma garde-robe. J’étais amie avec Emma depuis notre plus jeune enfance. Nous avions vécu nos premiers émois amoureux, nos premières sorties d’adolescentes et nous étions arrivées ensemble en ville. Nous vivions en colocation dès le début. Ensuite, elle partit s’installer avec son compagnon dans un autre quartier. Je ne la voyais plus aussi souvent qu’avant, mais nous parvenions à nous ménager certains après-midis pour nous rencontrer.

J’attendais devant le musée depuis une dizaine de minutes. Le temps était chaud et je m’étais assise à la terrasse d’un café. Je regardais les passants distraitement, en attendant de voir mes amies surgir parmi eux. Enfin, Emma apparut. Je la voyais de loin, elle dépassait toute la foule. Grande, blonde avec des cheveux longs, elle se dirigeait rapidement vers l’endroit où j’étais. Elle s’assit et nous avons commencé à discuter. Peu de temps après, Annabelle vint à notre rencontre. Avec la densité des personnes qui se pressaient sur le trottoir, je ne l’avais même pas vu arriver. Nous avons fini nos consommations et nous sommes parties. Devant nous, la foule s’écarta et nous avons pu nous faufiler pour atteindre la porte d’entrée du musée.

Nous pouvions enfin aller voir l’exposition. J’admirais, et mes amies avec moi, les chefs-d’œuvre produits partout dans le monde. Des vases bouteilles chinois côtoyaient des pièces émaillées mamelouks. Une coupe sur pied, fabriquée à Venise vers mille cinq cents, était en verre soufflé avec de la dorure. Sa forme et les ondulations sur la partie principale en faisaient une œuvre que j’aurais pu contempler pendant des heures. Un gobelet espagnol du dix-huitième siècle, qui était petit comme un verre à liqueur, me fascina par sa beauté et sa finesse. Je repensais, en voyant toutes ces pièces magnifiques, à mon service de verres, tout dépareillés, de mauvaise qualité. Évidemment, je ne pourrais jamais avoir de la si belle vaisselle, mais, après avoir vu toutes ces réalisations, je ne pourrai plus jamais boire dans mes verres comme avant.